Léna Durr, de saisissants portraits documentaires scénographiés

Si la programmation du Pays où le ciel est toujours bleu à Orléans est centrée sur les pratiques picturales dans leur diversité, ils exposent régulièrement de la photographie. Née en 1988, la plasticienne Léna Durr est diplômée de l’École supérieure d’art de Toulon, elle vit et travaille à Marseille. Ici elle expose des œuvres de plusieurs séries réunies sous le titre Who’s that girl?  Autant de portraits de femmes de différents âges qui nous interpellent dans leur prégnance visuelle. 

Si l’actuelle photo d’ouverture de son site est celle d’un homme, ses modèles préférés sont de fait des femmes. Elles appartiennent souvent à des groupes sociaux marginalisés. Ce sont les adolescentes de la série Teenage en milieu périurbain ou les personnes âgées dans une maison de retraite (série Goldenage). Elle a aussi portraituré des personnes en situation de handicap et des travestis. Marie Adjedj dans son texte What a Wonderful World les décrit comme « Toutes personnes qui s’écartent de la norme exigée, que ce soit par leurs lieux de vie, leurs statuts sociaux, leurs comportements, leurs fragilités. »

Patricia

Ses modèles réinterprètent aussi des personnages de l’histoire de la peinture ses Femmes au bain exposées ici constituent la reconstitution photographiques du Bain Turc d’Ingres. Plus subtile dans la référence, la pose de la gand ème torse dénudé joue du partage d’un prénom pour rendre hommage à la Marie-Madeleine de l’histoire religieuse. 

Tous ses portraits sont cadrés en pied, en plan large, entourés d’objets personnels. Léna Durr est une grande collectionneuse d’objets qu’elle recase dans certaines photos, pour donner des indications complémentaires sur la personnalité présente dans le cadre.

Un portrait différé via des objets, celui de Patricia, est constitué d’une collection de tubes de rouge à lèvres simplement posés sur une machine à laver. Dans son approche du féminin, l’artiste, si elle joue l’empathie ne manque pas d’ajouter une touche d’humour, ou en tous cas de distanciation et de légèreté

Chaque photographie de la série Goldenage porte pour titre le prénom de son modèle Gisèle, Micheline, Arlette ou Célestine. Des entretiens préalables, dans la tradition de la photo négociée, amènent l’auteure à partager en empathie les affects et souvenirs des résidents. Les images et objets introduits ensuite dans les mises en scène aident à matérialiser ces souvenirs réactivés. Son esthétique peut ainsi être reliée au courant des fictions documentaires. Elle en adopte les méthodes tout en y ajoutant sa touche personnelle, dans la constitution colorée d’une scène identitaire instantanée. 

Le site de Léna Durr