Adrien Vargoz
Still life
halte books éditions
23,00 €
ISBN : 9782959540608
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Adrien Vargoz découvre en 2018, dans la forêt de Rustell, Vaucluse, une branche de hêtre d’une blancheur qui attire son regard. Il la prend en photographie comme pour enregistrer cette première rencontre et tenter de rendre stable ce qui ne peut pas l’être. Il s’interroge alors sur la position de cette branche, sur son état en équilibre et commence à entretenir une relation avec celle-ci, sous forme d’un dialogue par la photographie et différents gestes de soin. Lorsqu’il revient pour la photographier de nouveau, celle-ci est brisée en deux morceaux. Ce qui a suscité son désir de ramener ces éléments à son atelier à Arles et de les photographier en studio. Il décide ensuite de confier ces deux fragments à un ébéniste afin que celui-ci puisse recomposer la branche. L’autre étape a consisté à fabriquer un moulage en argile, ainsi qu’une réplique en résine et en plâtre. D’une teinte d’un nouveau blanc, cette branche façonnée à l’image de la première fut photographiée dans l’atelier : une manière d’observer au plus près les aspérités du bois. L’artiste a entretenu une relation bienveillante envers cette branche et a tenté de conserver son allure, sa courbure… Il décida finalement de la replacer là où elle avait été trouvée pour la première fois. Le temps passé, cette branche a dû retrouver un certain équilibre avec la végétation. Adrien Vargoz est revenu à plusieurs reprises sur le site pour constater de quelle manière celle-ci cohabitait avec d’autres éléments vivants. Ces aller-retours l’ont engagé dans un processus de suivi de cette réplique, en prise avec les phénomènes naturels. L’artiste s’est questionné sur nos désirs de vouloir maîtriser le vivant, de le maintenir dans une forme de pérennité. En novembre 2021, de retour sur le lieu de la collecte, il s’est aperçu de la disparition de cette nouvelle branche et a décidé de clore son cheminement photographique.
L’ouvrage qui résulte de ce long processus de soin porté à cette branche est rythmé par de multiples pages blanches entre les photographies : des vides qui suggèrent les hors-champs entre les différentes étapes de travail. Ces espacements invitent le lecteur à s’interroger sur chaque moment relatif à la métamorphose de cette branche. Il perçoit d’autant plus le décalage entre la branche originelle et son double en plâtre. Ces pages laissées vierges de toute inscription traduisent également le temps long de transformation de la branche ainsi que les périodes de réflexions de l’artiste. Au fur et à mesure, celui-ci a réduit le nombre d’images, ayant entrepris une meilleure compréhension de l’élément naturel prélevé, devenu précieux à ses yeux. Le texte de Nicolas Giraud qui clôt ce beau livre donne des clefs de lecture pour comprendre le protocole de création entrepris par l’artiste durant trois années : une relation bienveillante avec une branche à la belle courbure.
Pauline Lisowski




